La réinvention du papier

Le papier rythme notre quotidien depuis maintenant si longtemps qu’il semble presque qu’il soit arrivé sur Terre avant nous et, après tout, ce n’est pas complètement faux. Le papier assume donc aujourd’hui ce qui semble être le rôle de grand-père des supports de l’information à l’heure du numérique. Après avoir évolué en fonction des époques et des avancées technologiques que reste-t-il au papier pour faire face à des géants invisibles et impalpables cachés dans l’univers vaste et dangereux représenté par le Web ? Certains prédisent la mort du papier à grands coups de tablettes, sans hiéroglyphes celles-ci, mais le papier est-il vraiment dos au mur ? Rien n’est moins sûr… Voyons ensemble les outils dont pourrait faire feu le papier pour assurer sa réimpression.

 

Quand le papier se refait une beauté

 

Rangée de livres dont l'un d'eux est tiré de moitié. Doté d'un masque pour cacher son identité, il est doté un nez et d'une main faite de papier qui donnent la sensation que livre est en embuscade.

Lorsqu’on parle de papier on pense bien souvent à des magazines, des livres, des feuilles de brouillon ou encore des affiches publicitaires mais assez rarement au recyclage : cela pourrait peut-être expliquer pourquoi seulement la moitié du papier est recyclée dans l’Hexagone et notamment son faible taux de réutilisation dans le secteur graphique (41,3% en 2017). Comment faire pour augmenter la part de papier recyclé dans la production du papier elle-même ? Certains, à défaut de se pencher sur ce problème, ont su développer des alternatives innovantes. L’entreprise Moinho, unique par son savoir-faire, s’est orientée vers un recyclage des vêtements usés et autres déchets de l’industrie textile pour les transformer en papier ! De manière artisanale, l’entreprise localisée au Portugal fabrique du papier possédant des caractéristiques variées tels que la couleur ou le grammage (de 100 à 300 g/m2) mais aussi des enrichissements plus étonnants avec des éléments naturels tels des graines ou feuilles d’arbres mais aussi d’arômes essentiels de fraise, de cannelle et bien d’autres. Cette démarche environnementale et commerciale permet de proposer des papiers de grande qualité à partir d’éléments destinés à être jetés.

Au-delà même de la question du recyclage c’est celle de la réutilisation du papier qui se pose. Il y a quelques années la revue scientifique Nano a publié un article qui a jeté un pavé dans la mare. D’après cette étude il serait possible de créer un format de papier pouvant être réutilisé 80 fois ! Mais quel est ce sortilège ? La technologie cher lecteur ! Basé sur un phénomène chimique faisant jouer deux types de nanoparticules à base de bleu de Prusse et de dioxyde de titane (TiO2), il suffirait de les exposer à des rayons ultraviolets pendant quelques instants pour effacer ce qui était auparavant inscrit. Sans même avoir besoin d’ultraviolets, l’inscription s’auto-effacerait au bout de 5 jours ou de façon immédiate si le support est chauffé à 120 °C. Loin d’être un gouffre financier, ce procédé utilise des matériaux peu chers pouvant concurrencer le papier classique. Les journaux, publicités, brouillons et autres supports papier pourraient dès lors utiliser ce support pour réduire leur impact environnemental !

 

Et si on changeait de recette ? Aujourd’hui certaines entreprises font preuve d’ingéniosité pour la création de papier. ELE-POPO base la fabrication de son papier avec de la bouse d’éléphant ! En agissant ainsi l’entreprise contribue à la préservation de l’espèce mais aussi à la limitation de la déforestation tout en créant des emplois et mettant en avant l’idée d’un commerce équitable. Rassurez-vous néanmoins le papier produit est inodore, sain et stérilisé ! La bouse n’est pas l’unique ressource pouvant être utilisée pour produire du papier puisque des résidus de raisin ou plus globalement de déchets agro-industriels permettent de remplacer la pulpe de bois à hauteur de 15%. Le papier se transforme au gré des envies : amande, kiwi, cerise, agrumes, olive et bien d’autres comme le cuir permettent la création de papiers aux couleurs diverses et possédants des caractéristiques particulières comme la résistance à l’eau ou un grammage plus ou moins important.

Le papier face au numérique

 

Le papier évolue à l’ère du numérique et se réinvente. Connu pour être fragile, le papier voit se développer des technologies pour le rendre plus résistant face à son ennemi naturel : l’eau. La chromatogénie a été créée pour permettre de rendre le papier et le carton hydrophobes, ils peuvent désormais résister à l’eau grâce à des petites molécules déposées sur la surface du papier lui offrant l’imperméabilité et cela n’empêche pas le papier d’être recyclé ! Le jour où nous pourrons voir des gens lire sous la pluie n’est peut-être plus très loin ?

Le papier imperméable sera utile mais le papier connecté s’élèvera à un tout autre niveau de service. Qui ne s’est jamais demandé si un produit pouvait encore être consommé alors que la date limite est à moitié effacée ou déchirée ? Certains emballages pourraient bientôt vous offrir cette possibilité et vous informer si le produit est encore bon à la consommation ou encore si la chaine du froid n’a pas été brisée. Les intoxications alimentaires pourraient ainsi être un lointain souvenir.

Le papier peut se targuer d’obtenir de nombreuses autres caractéristiques dont son nouvel adversaire peut difficilement se parer. À l’aube du 21e siècle le papier semble encore plein de promesses et avoir encore une longue vie devant lui !

 

Voici une vidéo sur l’avenir du papier.

 

Nicolas Guillard

 

Pour en apprendre plus sur le sujet :

Le blog Adrexo ;

Graphiline, les 5 innovations qui tracent l’avenir du papier ;

Hellobiz, le papier du futur ;

Le blog Mille et une feuilles 123 ;

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