Voulez-vous sauvegarder avant de quitter ?

Se souvenir c’est la capacité à se rappeler quelque chose du passé proche ou lointain. Le souvenir c’est aussi un objet qu’on achète en vacances ou le coquillage qu’on ramasse sur la plage. Enfin, le souvenir est cette chose impalpable qui prend la forme d’une voix, d’une sensation, d’une image, d’une odeur… et qui est conservé dans notre mémoire. Mais alors si le souvenir est à la fois un objet et un concept, pourquoi s’inquiète-t-on de le voir disparaître, particulièrement depuis l’entrée dans « l’ère numérique » ?


Souviens-toi l’été dernier

Comme beaucoup d’enfants nés dans les années 90, je me souviens du Windows 98, des logiciels sur CD-ROM, des disques compacts pour écouter de l’eurodance et des cassettes VHS pour regarder en boucle Titanic. Il était alors courant de compiler sur CD de la musique ou des photographies, en se disant « au moins là, ça ne moisira pas au grenier ». Mais les années 2000 ont vu se succéder les supports et les formats, nous laissant avec nos souvenirs sur diapositives et disquettes sans plus pouvoir les consulter. Les plus philosophes diront que ses souvenirs sont toujours là, dans notre mémoire. Mais la mémoire n’est pas toujours vive. Elle est en nous et pourtant on n’arrive pas à la mobiliser entièrement (souvenirs de la toute petite enfance, rêves, traumatismes). Cette incapacité à se souvenir de tout est propre aux humains, tout comme la peur de voir disparaître progressivement les souvenirs de leur mémoire. Car les souvenirs, quelque soit leur nature, nous définissent et constituent une preuve de notre existence.

Ces jeunes personnes dans Dawson avaient-elles conscience que leur CD du top 50 allait disparaître en même temps que leur baladeur CD et les boys band ? Probablement pas.

Le patrimoine : le souvenir en héritage

Les humains ont toujours cherché à conserver leurs traces, conscients que les souvenirs individuels peuvent contribuer à maintenir la mémoire collective. La conservation des souvenirs et des traces de notre passage sur Terre constituent notre patrimoine culturel. Pour l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO), le patrimoine culturel n’est pas seulement matériel (monuments, objets) mais il est aussi immatériel. Elle définit le patrimoine culturel immatériel comme « les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel ». Par l’action combinée des États (musées, archives) mais aussi des particuliers à leur niveau (héritage, archives personnelles), il est possible pour les êtres humains de conserver et de transmettre leurs souvenirs et leurs traces.

Les VHS (video home system) support phare de la mémoire des années 1980-1990.

Transmettre c’est conserver

Le problème avec la mémoire humaine, c’est qu’elle est vouée à disparaître avec son hôte, quand sa vie prendra fin. Le rêve de conserver les souvenirs d’un cerveau humain au-delà de sa mort (par sauvegarde ou par transfert), reste encore du domaine de la science fiction. Pourtant nos souvenirs nous survivent dès lors qu’on utilise une forme d’expression (parole, écriture, cinéma, peinture, danse) ou que l’on fixe un souvenir dans une forme numérique (blog, base de données, programme). L’UNESCO a d’ailleurs dès les années 2000, réfléchi à la question de la sauvegarde du patrimoine numérique, en considérant qu’il s’agit d’un enjeu de communication et de partage de connaissances entre les peuples. Mais la transmission d’un souvenir ne doit pas entraîner sa modification ou pire, sa destruction. C’est pourquoi des règles de conservation et d’archivage ont été mises en place pour veiller à ce que les traces de notre passé ne s’altèrent pas.

Pas de panique, J. K. Rowling dans Harry Potter a tout prévu : la Pensine. Ce Cloud magique permet de sauvegarder les souvenirs et de s’y replonger pour se rafraîchir la mémoire.

Souvenir + numérique = immortalité ?

Le numérique a révolutionné notre vie et nos usages en nous donnant l’espoir de la pérennité. Débarrassé des contraintes physiques relatives à l’objet (usure, dégradation), le numérique semble être la solution idéale pour conserver au mieux un souvenir. Si nous savons désormais qu’un disque dur ou une clé USB sont aussi menacés par le passage du temps qu’un vinyle, le développement massif d’Internet a changé notre rapport aux traces que l’on laisse. Nous sommes de plus en plus sensibilisés au fait que les traces numériques laissées sur le Web y resteront pour toujours ou presque. Une archive numérique déposée sur un Cloud ou sur un site Internet seraient donc éternelle ? Ce n’est évidemment pas si simple car une archive numérique, aussi immatérielle soit-elle, est soumise à des contraintes de format (compatibilité, obsolescence) mais aussi de sécurité (glitch, bug, hack et autres menaces). Nous craignons que nos souvenirs et nos traces soient corrompues et c’est pour cela que l’on protège de plus en plus nos données et que l’on informe sur les bonnes pratiques numériques.


Néanmoins, l’idée que nos souvenirs nous survivent grâce au numérique et au Web n’est pas si stupide que ça. Au même titre qu’un recueil de nouvelles écrit au 19e siècle, une base de données en ligne reste une trace de notre passage, un fragment de notre vie. Internet est un territoire que l’on découvre encore et qui sait ce qu’il nous sera alors possible de faire quand nous aurons percé les mystères de la mémoire humaine ?

 

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