Ada Lovelace, une programmeuse à la loop

Le nom « Lovelace » vous dit quelque chose ? Peut-être avez-vous vu au cinéma le biopic éponyme de 2013 sur Linda Lovelace, la star du X. Peut-être avez vous lu le roman Clarissa de Samuel Richardson et découvert Robert Lovelace, le séducteur insatiable. Ou peut-être que vous codez dans votre temps libre. Si c’est le cas, bingo ! C’est vous que cet article va intéresser. Plutôt que d’une actrice ou d’un personnage de roman, c’est d’Ada Lovelace que nous allons parler. Femme hors du commun, née Augusta Ada Byron en 1815, elle est la fille du célèbre poète anglais Lord Byron et de Anne Isabella Milbanke, amatrice de mathématique. Aujourd’hui, elle est considérée comme la première programmeuse informatique de l’Histoire. Plutôt incroyable pour une femme du XIXe siècle !

Des sciences contre la démence

Être la fille de Lord Byron a ses avantages comme ses inconvénients. Pour Ada, les inconvénients ont prévalu dès sa petite enfance. Quelques semaines après sa naissance, excédée par les frasques et les infidélités à répétition de son mari, Anne, sa mère, le quitte et élève seule Ada. Elle est persuadée d’une chose : si sa fille étudie assidûment les sciences, elle n’héritera pas de l’instabilité mentale de son père. Elle insiste alors pour que ses précepteurs lui apprennent les sciences et les mathématiques. Très jeune, Ada est entourée de modèles féminins extrêmement intelligents à qui s’identifier. L’une de ses préceptrices fut Mary Somerville, astronome et mathématicienne écossaise. Ada développe rapidement un talent pour les chiffres et les langues. Et de quoi a-t-on besoin d’autre pour faire carrière dans l’informatique ?

Ce cerveau qui est le mien est bien plus que celui d’un simple mortel ; comme le temps le prouvera.

Au bon endroit, au bon moment

Le 9 décembre 2016, le film La La Land de Damien Chazelle apprenait au monde entier que « someone in the crowd might be the one you need to know. » Ada peut en témoigner. A 17 ans, lors d’une fête, elle rencontre Charles Babbage, inventeur d’une calculatrice mécanique appelée la « machine à différences ». Cette rencontre fut déterminante. Babbage devient son mentor. Grâce à lui, Ada étudie les mathématiques avancés avec Augustus de Morgan, professeur à l’université de Londres. A l’époque, Babbage travaillait sur sa « machine analytique », un système mécanique capable de réaliser une série de calculs établis à l’avance et inscrite sur des cartes perforées. Un avant-goût de l’ordinateur. Son objectif ? Éviter les erreurs dans les tables mathématiques, souvent causées par l’Homme, en mécanisant les calculs.

Ada est captivée et s’investit dans le projet. Lorsque Charles Wheatstone lui demande de traduire un papier écrit par l’ingénieur italien Luigi Federico Menabrea à ce sujet pour un journal Suisse, elle se lance et l’annote à tel point que ses commentaires feront trois fois la longueur de l’article ! Ces derniers sont ensuite publiés en 1843 dans Taylor’s Scientific Memoirs, un journal scientifique anglais. Dans ses notes, elle explique comment, grâce à un code prédéfini, la machine pourrait traiter les lettres et les symboles aussi bien que les chiffres. Elle y théorise également la méthode du loop, utilisée aujourd’hui par les ordinateurs, qui consiste à répéter une série d’instructions en boucle afin d’éviter d’écrire la même ligne de code des pages durant. C’est ce travail, et en particulier la note G, qui lui vaudra le statut de première programmeuse.

Pour en savoir plus sur les travaux d’Ada Lovelace sur l’ordinateur mécanique, cliquez sur play :

La fausse bonne idée des dernières années

L’appât du gain peut toucher les meilleures d’entre nous et il n’a pas épargné Ada. Dans ses dernières années, elle a tenté de développer des concepts mathématiques pour gagner aux jeux d’argent. Malheureusement, ce projet s’est soldé par un échec. Ada meurt le 27 novembre 1852 et est enterrée près de son père dans le cimetière de l’église de St. Mary Magdalene, à Nottingham.

L’héritage d’Ada Lovelace

L’étendue de la contribution d’Ada Lovelace dans le travail de Babbage a soulevé de nombreux débats dans le milieu scientifique. De récentes recherches ont néanmoins prouvé ses compétences mathématiques et la légitimité de son travail avec Charles Babbage. Lui-même ne manque pas d’éloges pour Ada. Il la décrira même dans une lettre à Michael Faraday comme « that Enchantress who has thrown her magical spell around the most abstract of Sciences and has grasped it with a force which few masculine intellects (in our own country at least) could have exerted over it” (littéralement « cette enchanteresse qui a jeté un sort sur les sciences les plus abstraites et les a comprises avec une force dont peu d’intelligences masculine – en tout cas dans notre propre pays – ont pu faire preuve »). Ce n’est qu’aux alentours des années 1950 que les travaux d’Ada Lovelace ont été redécouverts. Ses notes furent de nouveau publiées grâce à B.V. Bowden en 1953 dans un ouvrage intitulé Faster Than Thought: A Symposium on Digital Computing Machines. Dans les années 1980, le langage informatique Ada est ainsi nommé en son hommage.

Alors si vous êtes un jour amené à l’utiliser, pensez à elle !

 

 

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