Ghost in the shell : le corps et l’âme

Adapté du manga éponyme, Ghost in the shell est un film d’animation japonais réalisé par Mamoru Oshii. Dès sa sortie en 1995, ce film de science-fiction connaît un grand succès, ouvrant la voie à plusieurs séries et œuvres dérivées. Ghost in the shell et son esthétique futuriste et poétique a grandement influencé l’animation japonaise mais aussi tout le cinéma de science-fiction ces vingt dernières années. 24 ans après, les thèmes abordés par son créateur, Masamune Shirow, sont toujours autant d’actualité et font écho aux bouleversements que connaissent notre société grâce au numérique et à l’allongement de la vie humaine.


Le fantôme dans la coquille

En 2029, au Japon, on suit le Major Motoko Kusanagi dans ses missions au sein de la section 9, une unité d’intervention anti-terroriste rattachée au gouvernement. Personnage central dans cette ville ultra urbanisée, le Major évolue dans un corps qui n’est pas le sien : seul son cerveau est « d’origine », même si lui aussi est « cyber-amélioré ». Motoko semble invincible dans ce corps bionique aux mensurations parfaites, ignorant la douleur et le vieillissement. Ce cyborg est une combattante hors pairs, aussi efficace un pistolet à la main qu’au corps à corps.

Le ghost, l’âme et l’esprit

Le Major ne connaît pas l’erreur et c’est à se demander si elle est capable de ressentir des émotions tant sa part humaine semble avoir été réduite au minimum. Pourtant, elle va être amenée à se questionner sur le sens de son existence et cette quête impossible rend le personnage de Motoko particulièrement bouleversant. Car comment se définir quand on n’a plus rien d’humain à part notre esprit et notre âme, le ghost ? Qu’est-ce qui nous différencie du robot ? Le film tente d’y répondre sans jamais esquisser un semblant de réponse et nous laisse un drôle de sentiment d’inachevé et d’absurde, un peu à l’image du Major.

Le corps robotique du Major

Le réseau : connecter le corps et l’esprit

Dans l’univers de Ghost in the Shell, la connexion au réseau Internet régit tout. Les interactions entre les personnes (comprendre : les vivants) et les robots (dépourvus de ghost) sont rendues possibles grâce à l’Internet, déplaçant les rapports dans une dimension virtuelle. Grâce à son cerveau aux connexions cybernétiques qui lui donne accès à toutes les données qui circulent sur le réseau Internet, le Major Motoko Kusanagi traque le « le marionnettiste ». Ce pirate informatique hacke les esprits humains au cerveau connecté pour les contrôler et les amène à commettre des crimes. Insaisissable, il utilise le réseau pour se déplacer et va même jusqu’à implanter de faux souvenirs dans les esprits de ses victimes.

La mémoire, cette belle inconnue

Interpellé par la détresse des humains manipulés par le marionnettiste, Motoko se pose la question de ce qui nous définit : nos émotions ? Nos souvenirs ? Mais quand ces derniers sont modifiés, remplacés, que reste-t-il de nous ? L’intrusion du hacker dans les esprits humains questionne notre rapport à la réalité : comment être sûr que ce que je vois, entends, ressens, n’est pas un rêve ? Ai-je vraiment vécu ces choses qui composent ma mémoire ? Le vertige qui nous prend face à ces questionnements fait écho au vertige de Motoko face à ses propres incertitudes : « des fois, je me demande si je ne suis pas déjà morte et si ce que j’appelle « moi » n’est en fait qu’une personnalité artificielle faite d’un corps mécanique et d’un cyber-cerveau » se questionne-t-elle.

Les connexions cybernétiques

Je pense donc j’existe ?

D’abord dans la confrontation brutale avec les personnes dont il prend le contrôle, le Major est de plus en plus intrigué par ce marionnettiste. On comprend petit à petit qu’il ne s’agit pas d’une personne mais bien d’un programme informatique qui prend le contrôle du réseau. Le « Projet 2501 » est né de l’intelligence humaine, mais a acquis son autonomie : il pense par lui-même, s’exprimant au travers de corps qu’il fait sien. Cette intelligence artificielle dérange et terrifie les humains, qui tentent de l’arrêter par tous les moyens, mais Motoko comprend que son but n’est pas de nuire mais de vivre.

Le projet 2501 ou la pulsion de vie

De sa conscience nouvellement acquise, Projet 2501 s’accroche désespérément aux enveloppes robotiques ou charnelles qu’il trouve. Dans un ultime combat dans lequel Motoko explose son corps, elle parvient à se télécharger dans le réseau et à rejoindre l’intelligence artificielle. Projet 2501 relie son hôte au Major mais cette union détruit peu à peu Motoko jusqu’à la réduire à son essence : son ghost. De cet échange très métaphysique, l’héroïne n’en retire que peu de vérités absolues, tout comme le spectateur. Le film se conclut sur la fuite de Motoko, dont le ghost a été sauvé in extremis et téléchargé dans un corps d’enfant. On peut y voir une métaphore de l’union des deux consciences qui font naître un nouvel être, devinant que le ghost de Motoko a été profondément changé par cette rencontre.

Le Projet 2501

La fin abrupte du film de Mamoru Oshii interpelle car il nous laisse subjugué par l’ascension de l’intelligence artificielle et par la « mort » de Motoko Kusanagi. Si son corps robotique n’est plus, elle est parvenue à se sauvegarder grâce au réseau. Mais cette survivance n’est possible que dans cet univers où l’hyperconnexion est la clé. Sans le réseau, Motoko n’existerait plus, tout comme sans un réceptacle, la coquille, son esprit et son âme se seraient évaporés. Cette œuvre pose donc la question de la pérennité de nos corps, nos souvenirs et notre conscience dans un monde qui s’annonce de plus en plus dépendant à la technologie et à la connexion Internet.


Tous les thèmes abordés dans Ghost in the Shell ne seront peut-être bientôt plus de la science-fiction. Corps augmenté, hyperconnexion, allongement de la durée de vie, tout cela fait désormais partie des questions actuelles que l’on étudie avec sérieux. Créée dans les années 1990, cette œuvre incontournable préfigure peut-être ce que nous allons connaître dans un futur proche. Après tout, 2029 n’est que quand dans dix ans…

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.