La vie d’Ada

Un roman de science-fiction ayant pour sujet l’intelligence artificielle, ce n’est pas en soi, une grande nouveauté. Le traitement lui en revanche, suffit parfois à mettre une oeuvre en lumière. Qu’on se le dise, Ada d’Antoine Bello, paru chez Gallimard en 2016 est de ceux-la.

Portrait d’Antoine Bello

Ada, qui est-ce ?

Dans ce roman policier uchronique, nous suivons Frank Logan un policier opérant dans la fameuse Silicon Valley. Et cette fois-ci l’enquête va s’avérer bien particulière… En effet, Frank enquête sur la disparition d’Ada, une intelligence artificielle conçue pour produire des livres à l’eau de rose. Elle est développée par la toute puissante (et très discrète) start-up Turing Corp. On découvre alors qu’Ada n’entend pas servir les objectifs mercantiles de ses créateurs sans faire de vague. Parce que, sachez-le, Ada a d’autres projets, plus poétiques comme, par exemple, gagner le prix Pulitzer… Et oui, car quand on est pétris d’émotions humaines, programmer pour nous permettre de parler d’amour mieux que personnes, les conséquences peuvent être inattendue !

 

Un livre qui bouleverse les codes

Dans cette oeuvre, Antoine Bello accumule les casquettes et les défis. Tout d’abord il s’agit d’une recherche n’impliquant aucun corps et ne répondant donc à aucune contrainte qu’une enveloppe extérieure peut apporter, mais aussi à aucun avantage. De cette manière, nous avons l’agréable surprise de découvrir une roman policier qui sort des carcans et pré-requis. De la même manière, là où l’auteur va aborder un des sujets les plus vu et revu de la science fiction – à savoir les limites morales et philosophiques de l’intelligence artificielle (AI) – il ne sera pas question ici, outre mesure, d’hyper surveillance ou de dictature de la désinformation. Ne vous attendez donc pas à retrouver la même recette que le chef-d’oeuvre de George Orwell, 1984. Antoine Bello décide au contraire de dévier vers un sujet qui semble, par bien des aspects, bien plus glissant.

 

En effet, il sera ici question de la start-up nation et de la place que le mercantile prend de plus en plus dans nos sociétés capitalistes. Et si pour une fois nous ne diabolisons pas les AI au contraire, elles nous poussent à nous poser les bonnes questions : est-ce qu’un jour, les entités les plus humaines et détachées de toutes vénalités, ne seront pas les AI justement ? De là, quelle est donc notre responsabilité et quelles sont nos propres limites morales et philosophiques en tant qu’être humain? Nous ajoutons donc à la corde d’Ada et d’Antoine Bello un nouvel arc. Ce prisme permet une critique de notre société, toujours plus actuelle à mesure que le temps passe (le livre est paru en 2016), et tout à fait cohérente quant aux avancées que nous pouvons observer dans domaine de la tech et concernant la Silicon Valley.

 

Un future inquiétant certes, mais qu’en est-il de notre présent ?

Au delà de questionner notre future, l’auteur prend le temps d’interroger également notre présent. Nous qui sommes si proche de ce future alternatif, ne sommes nous pas en train de permettre à la consommation et à l’argent de prendre une place énorme dans notre vie au détriment de notre humanité ? Et cela ne se fait-il pas un peu avec notre consentement tacite ? Il ne s’agit donc pas de craindre seulement notre futur mais de nous poser des questions sur notre présent, notre manière de le mener et ce qui nous est possible de faire pour lutter contre cette longue extinction des plus belles passions humaines.

Et c’est dans le fond ce qu’il y a de plus beau dans ce livre : nous amener à considérer ce future comme inévitable au vue de notre train de vie actuel. Grâce à ce procédé, l’uchronie n’est pas un moyen pour le lecteur de prendre ses distances grâce à un univers trop futuriste pour lui évoquer suffisamment d’images correspondantes à son quotidien, mais au contraire, elle semble favoriser une immersion total dans un futur dépossédé petit à petit de ce qui le rend humain.

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